Ecrit par Patrick Baaklini
MASCATE, Oman — Dans les couloirs feutrés et marbrés d’un palais royal à la périphérie de Mascate, l’avenir du Moyen-Orient se négocie à voix basse et se relaie par des intermédiaires. Après une année marquée par le fracas des bombardements aériens et la fumée des contestations civiles, les États-Unis et l’Iran sont revenus à la table des négociations, poussés par un constat mutuel : le coût de la prochaine guerre pourrait être bien plus élevé que le prix d’une paix difficile.
Ces pourparlers, qui ont repris sérieusement ce mois de février, représentent le pari diplomatique le plus important de la seconde administration Trump. Ils font suite à la « Guerre des 12 jours » de juin 2025, une campagne de frappes américaines et israéliennes ayant sévèrement endommagé les installations d’enrichissement de Natanz et de Fordow. Pourtant, comme le suggèrent des images satellites récemment examinées par le New York Times, si le béton a été brisé, le savoir-faire demeure. L’Iran a entamé un effort frénétique pour réparer ses sites de missiles, tandis que ses diplomates affichent un pragmatisme nouveau, bien que désespéré.
Le calcul du conflit
Pour la délégation américaine, menée par Steve Witkoff, investisseur immobilier devenu envoyé spécial, l’objectif est le « Grand Marché » ou rien. Washington ne se contente plus des garde-fous nucléaires étroits de l’accord de 2015. Ils poussent pour ce que certains officiels appellent le « JCPOA-Plus » : un accord qui ne se contenterait pas de démanteler l’infrastructure nucléaire, mais qui briserait également l’élan du programme de missiles balistiques iranien et trancherait les liens avec son réseau de proxys, « l’Axe de la Résistance ».
Pourtant, l’approche des « Gains Mutuels » testée ici suggère une voie différente. Les experts en diplomatie soutiennent que pour qu’un accord soit viable, l’administration Trump doit abandonner son exigence maximaliste d’« enrichissement zéro » pour un cadre répondant à l’angoisse existentielle de Téhéran : la survie même de la République islamique.
Les enjeux en un coup d’œil
- Pour Washington : Une fin définitive de la menace nucléaire et un marché pétrolier stabilisé. Le baril de Brent oscille près des 70 $, mais les analystes redoutent une envolée à 91 $ si le détroit d’Ormuz venait à être fermé.
- Pour Téhéran : La fin des sanctions de « pression maximale » qui ont fait plonger le rial et alimenté un hiver de mécontentement social profond.
- L’horloge nucléaire : Malgré les frappes de 2025, les experts estiment que le « breakout time » de l’Iran — le délai nécessaire pour produire assez de matière fissile pour une bombe, se compte toujours en semaines, et non en mois.
Ombre militaire, lumière diplomatique
La présence de hauts responsables militaires à proximité des discussions souligne la « diplomatie coercitive » en cours. Le groupe aéronaval de l’USS Abraham Lincoln reste stationné en mer d’Arabie, participant silencieux à chaque session.
« Les Iraniens négocient avec un pistolet sur la tempe, mais les Américains négocient avec une montre qui tourne », a confié un diplomate européen de haut rang briefé sur les discussions de Mascate. « Si ces pourparlers échouent, la prochaine étape ne sera pas de nouvelles sanctions, mais une déflagration régionale dont personne ne veut, surtout pas une Maison-Blanche concentrée sur l’économie domestique. »
Les options sur la table
| Enjeu | La « Voie Dure » | La voie des « Gains Mutuels » |
| Enrichissement | Démantèlement total de toutes les centrifugeuses. | Plafonnement de l’enrichissement à 3,67 % et transfert des stocks à 60 % vers un pays tiers (probablement la Russie). |
| Proxys Régionaux | Retrait total du soutien au Hezbollah et aux Houthis. | Un « pacte de non-agression » avec les voisins du Golfe, échangeant la désescalade contre des sphères d’influence reconnues. |
| Économie | Sanctions « snap-back » immédiates pour toute violation mineure. | Levée graduelle des sanctions pétrolières et bancaires liée à des inspections vérifiables de l’AIEA « n’importe où, n’importe quand ». |
La percée, si elle a lieu, sera probablement un arrangement de type « nucléaire d’abord ». Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a insisté publiquement sur le fait que les discussions restaient « exclusivement nucléaires », une position destinée à protéger l’image du régime en interne. Cependant, des sources proches des médiateurs omanais suggèrent que les « questions de défense », missiles et milices, sont discutées en parallèle, lors de sessions officieuses.
Alors que les délégations se préparent pour un second cycle à Istanbul, le « mur de la méfiance » reste élevé. Mais dans la logique froide de la géopolitique, les deux parties semblent avoir conclu que le statu quo n’est plus tenable. Pour le président Trump, un « Grand Marché » serait une réalisation historique ; pour le Guide suprême, c’est peut-être le seul moyen de s’assurer que les mosquées et les ministères de Téhéran restent debout.
Les semaines à venir détermineront si Mascate deviendra le berceau d’un nouvel ordre régional ou simplement un bref entracte avant une tempête plus vaste.
Attribution de l’image : L’image principale de cet article provient du site du Jerusalem Institute for Strategy and Security (JISS), issue de l’article « American Sanctions and Military Action against Iran »

